la traite des êtres humains ?
La traite des êtres humains c'est ce qu'on appelle de façon courante l'esclavage moderne, c'est le fait de transporter, acheter, vendre, accueillir, faire travailler, exploiter les ressources d'un être humain.
Dans la pratique nous sommes à la fois proche et loin des pratiques antiques que connurent la Grèce et l'empire romain, de la servitude féodale, du commerce négrier qui alimentait le marché des esclaves du Nouveau Monde. Nous en sommes loin, parce que ce qui était une institution est maintenant une activité illégale et clandestine, mais nous en sommes proches car elle viole de la même façon les valeurs sur laquelle notre société actuelle est fondée.
En chiffre, la traite fait 2,45 millions de victimes en Europe, 43% d'elles sont exploitées à des fins sexuelles et 32% d'entre elle en tant qu'employé de maison. La plupart d'entre elles sont des femmes souvent jeunes et des enfants.
C'est le troisième trafic le plus rentable au monde après le trafic d'armes et le trafic de stupéfiant, c'est aussi celui qui se développe le plus rapidement car il est le moins risqué pour les criminels.
Il couvre des secteurs divers : agriculture, bâtiment, travaux domestique, défense, mendicité, prostitution, pornographie, " activités érotiques", utilisation des produits et des éléments du corps, mendicité. L'ingéniosité des trafiquant se manifeste chaque jour.
La médiatisation plus importante dont bénéficie la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelles, ne doit pas rester la partie émergé de l'iceberg. Les choses changent, en quelques années la prostitution a perdu du terrain au bénéfice de trafics organisés pour alimenter d'autres marchés et les hommes sont de plus en plus nombreux, même dans le secteur de la prostitution.
Dans les faits, ce sont des personnes qui vous croisez quotidiennement, du maçon " hyper pas cher", à la masseuse, en passant par la petite bonne, ou l'ouvrier agricole. Il y a autant de visages à la traite des êtres humains qu'il y a de personnes qui en sont victimes, beaucoup refusent de se considérer comme telle, beaucoup sont venus en Europe de leur gré, beaucoup veulent y rester pour " devenir riches". Beaucoup en réalité ont peur, ont honte, sont menacés.
Le point commun principal de leurs parcours, c'est que des réseaux ont su les recruter, les placer dans une situation de misère économique, physique et psychologique de façon à abolir leur libre arbitre et exploiter leurs ressources. Dans ces réseaux l'homme est une marchandise, base d'un commerce. On leur ôte dignité et intégrité.
Pour le droit, la traite est une infraction contre les droits humains. D'un pays à l'autre les définitions et les moyens de lutte varient, mais il existe des standards, qui permettent d'unifier les moyens juridiques de lutte contre le trafic d'êtres humains. L'Organisation des Nations Unies, le Conseil de L'Europe et l'Union Européenne ont tous adopté des textes contraignants à l'égard des Parties ayant ratifié les textes, ils ont considérablement fait avancer la lutte. A titre d'exemple, ont peut citer la toute récente Convention de Varsovie du 16 mais 2005, édictée par le Conseil de l'Europe et entrée en vigueur à l'égard des Etats qui l'ont ratifié le 1er février 2008. La Convention donne pour définition de la traite celle-ci :
- L'expression " traite des êtres humains" désigne le recrutement, le transport, le transfert, l'hébergement ou l'accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou d'autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d'autorité ou d'une situation de vulnérabilité, ou par l'offre ou l'acceptation de paiements ou d'avantages pour obtenir le consentement d'une personne ayant autorité sur une autre aux fins d'exploitation. L'exploitation comprend, au minimum, l'exploitation de la prostitution d'autrui ou d'autres formes d'exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l'esclavage ou les pratiques analogues à l'esclavage, la servitude ou le prélèvement d'organes ;
- Le consentement d'une victime de la " traite d'êtres humains" à l'exploitation envisagée, telle qu'énoncée à l'alinéa (a) du présent article, est indifférent lorsque l'un quelconque des moyens énoncés à l'alinéa (a) a été utilisé ;
- Le recrutement, le transport, le transfert, l'hébergement ou l'accueil d'un enfant aux fins d'exploitation sont considérés comme une " traite des êtres humains" même s'ils ne font appel à aucun des moyens énoncés à l'alinéa (a) du présent article ;
- Le terme " enfant" désigne toute personne âgée de moins de dix-huit ans ;
- Le terme " victime" désigne toute personne physique qui est soumise à la traite des êtres humains telle que définie au présent article."
Malgré les connaissances que les acteurs ont des réalités de la traite, malgré le outils juridiques, matériel et humain, les victimes de la traite restent difficilement identifiables et les criminels difficilement punissables.
L'un des points problématique lorsqu'on aborde la traite est qu'il y a confusion avec d'autres notions. Clarifions les.
Traite des êtres humains et trafic d'êtres humains sont parfaitement synonymes. La langue française utilise indifféremment l'un ou l'autre. Cependant, l'usage du mot trafic, fait immédiatement penser au transport de clandestins. La langue anglaise est ici d'utilité car elle parle alors de " smuggling" mot simple pour désigner ce que les législations francophones désignent sous le terme d' " aide à l'immigration illégale".
Le point de distinction au niveau du droit, c'est que l'immigration illégale est une infraction aux frontières de l'Etat, les passeurs n'exploitent pas les clandestins, même s'ils font payer leurs services des sommes qui sont pour eux mirobolantes. En revanche la traite des êtres humains est une infraction aux droits fondamentaux des individus.
Les situations ne sont pas les mêmes mais elles sont parfois proches. En effet, les victimes sont souvent introduites en Europe avec des visas de tourisme, mais un fois arrivés sur leur lieux d'exploitation leurs papiers leurs sont retirés et de fait ils deviennent " sans papier"
La traite des êtres humains se différencie aussi du travail au noir, bien entendu les victimes du trafic d'êtres humains ne sont pas déclarées par leurs employeurs.
La traite des êtres humains se distingue aussi du travail clandestin, dans les deux cas les droits sociaux sont bafoués, avec des lieux de travail qui ne sont ni aux normes de sécurité ni d'hygiène, des horaires impossibles... Les victimes de la traite sont véritablement des esclaves, dépourvus d'identité, dénués de protection sociale et médicale, sans liberté d'aller et venir. Le travail est le seul horizon que les trafiquants leur accordent.
Il faut cependant admettre que la frontière d'une infraction à l'autre est mince, qu'il existe des situations limites où il devient très délicat pour les autorités de qualifier les infractions.
Alors qu'est ce que la traite des êtres humains ? C'est surtout un phénomène auquel trop peu d'entre nous portent attention.
